Nijni Novgorod mérite deux jours pleins, trois si l’on veut flâner : un kremlin de briques rouges posé sur une colline au confluent de l’Oka et de la Volga, un grand escalier qui descend vers le fleuve, une rue piétonne pour la promenade du soir, et une mémoire littéraire et historique singulière, celle de Maxime Gorki et de la ville que l’Union soviétique avait fermée aux étrangers. La ville est un excellent complément d’un voyage entre Moscou et la Volga, à un peu plus de 400 km à l’est de la capitale, et elle se visite sans guide ni circuit organisé. Voici ce qu’il y a à voir, dans quel ordre, avec les durées et les repères que nous avons pu vérifier, et ceux que nous n’avons pas pu confirmer.
Une ville de confluence, fondée en 1221
Tout s’explique par la géographie. Nijni Novgorod occupe la pointe où l’Oka rejoint la Volga, à environ 400 km à l’est-nord-est de Moscou, et le plateau sur lequel s’élève le kremlin se situe à environ 200 mètres d’altitude selon Wikipédia. La ville est fondée en 1221 par Iouri II, prince de la principauté de Vladimir-Souzdal,. Cette filiation n’est pas anecdotique : pour qui a déjà parcouru l’Anneau d’or, les églises blanches de Vladimir et de Souzdal racontent la même dynastie, et nous avons détaillé cet itinéraire dans notre parcours de sept jours entre Vladimir et Souzdal, qui peut se prolonger jusqu’ici.
La ville compte aujourd’hui environ 1,2 million d’habitants : 1 213 477 selon le chiffre de 2023 que cite Wikipédia en français, 1 228 199 au recensement de 2021 selon la version anglaise. Les deux chiffres ne coïncident pas, et c’est normal : ils ne datent pas de la même année et ne reposent pas sur la même source. Retenons l’ordre de grandeur. Nijni Novgorod a fêté ses 800 ans le 21 août 2021, ce qui explique la masse de façades rénovées et d’espaces publics refaits que l’on croise dans le centre.
Le nom mérite une explication, parce qu’on le retrouve dans les musées et sur de vieux plans : de 1932 jusqu’à la fin de l’époque soviétique, la ville s’est appelée Gorki, du nom de l’écrivain qui y était né. Le nom d’origine a été rétabli en 1990. Nous y revenons plus bas.
Le kremlin : treize tours de briques rouges
Le kremlin de Nijni Novgorod n’est pas le plus célèbre de Russie, et c’est ce qui le rend agréable à parcourir. La construction de la forteresse de pierre commence en 1500 avec la tour Ivanovskaïa ; le gros du chantier s’étend à partir de 1508, et l’ensemble est considéré comme achevé en 1515. Wikipédia en français et en anglais donnent aussi la fourchette 1508-1511 pour la construction principale. Les murailles font environ deux kilomètres, et treize tours subsistent, dont la tour Dmitrievskaïa, présentée comme la tour principale. D’autres portent des noms qu’on retrouve sur les plans : Géorgievskaïa, Borissoglebskaïa, Nikolskaïa, Tchassovaïa (la tour de l’Horloge) et Taïnitskaïa (la tour secrète).
Le plus simple est de faire le tour de l’enceinte à pied, en regardant alternativement vers l’intérieur et vers la Volga, en contrebas. À l’intérieur, le lieu le plus chargé d’histoire est la cathédrale de l’Archange-Michel : elle abrite depuis 1962 la tombe de Kouzma Minine, le marchand de Nijni Novgorod qui est resté dans la mémoire russe comme l’un des organisateurs de la milice de 1612. Dans l’ancien palais du gouverneur, un musée des Beaux-Arts s’est installé en 1992. Et le manège du début du XIXe siècle, restauré entre 2018 et 2021, sert désormais de salle d’exposition.
Nous n’avons pas vérifié les horaires d’ouverture, les tarifs ni les éventuelles restrictions de visite de ces lieux : ils changent, et seuls les sites des musées font foi.
L’escalier Tchkalov et les quais de la Volga
Au pied de la tour Géorgievskaïa commence l’escalier Tchkalov, l’un des emblèmes de la ville. Il a été construit entre 1943 et 1949, en pleine guerre pour le début du chantier, et relie la place Minine-Pojarski aux quais haut et bas de la Volga. Il porte le nom du pilote Valeri Tchkalov, dont un monument, érigé en 1940, se trouve près de la tour. Son dessin en forme de huit, avec deux plateformes d’observation aux intersections, en fait un parcours en soi : on y monte et on y descend lentement, en s’arrêtant aux paliers pour regarder le fleuve. Wikipédia anglais compte 560 marches au total en additionnant les deux côtés, dont 442 sur le côté droit, du bas jusqu’en haut ; la dernière restauration date de 2012-2013. C’est, selon la même source, le plus long escalier de Russie.
Une fois en bas, on longe les quais. C’est là que la ville se donne à voir à l’heure du coucher du soleil : les promeneurs, les bateaux, la rive opposée, plate, que la Volga éloigne à perte de vue. Ceux qui prolongent leur séjour par une navigation fluviale trouveront dans notre guide des croisières sur la Volga entre Moscou, Saint-Pétersbourg et Astrakhan de quoi situer Nijni Novgorod parmi les escales possibles.
Les sites à ne pas manquer, en un coup d’œil
Le tableau suivant récapitule les lieux dont nous avons pu vérifier au moins un fait, avec un ordre de visite cohérent sur deux jours.

| Lieu | Ce qu’on y voit | Repère vérifié |
|---|---|---|
| Kremlin | Enceinte de briques rouges, treize tours, cathédrale de l’Archange-Michel | Construction principale à partir de 1508 ; musée des Beaux-Arts depuis 1992 |
| Escalier Tchkalov | Escalier en huit, deux plateformes de vue | Construit de 1943 à 1949 ; 560 marches au total |
| Quais de la Volga | Promenade au pied de l’escarpement | Au confluent de l’Oka et de la Volga |
| Téléphérique vers Bor | Traversée aérienne de la Volga | Ouvert le 9 février 2012 ; 13 minutes l’aller |
| Quartier de la Strelka | Pointe du confluent, stade de la Coupe du monde 2018 | Station de métro Strelka ouverte le 12 juin 2018 |
| Musée Sakharov | Appartement de l’exil de 1980 à 1986 | Devenu un musée à Nijni Novgorod |
De la grande foire à la Strelka : la ville marchande
Nijni Novgorod est d’abord une ville de commerce. La grande foire, qui se tenait à l’origine à Makariev, a été transférée ici en 1817, après l’incendie du monastère de Makariev l’année précédente. Elle est devenue la foire de Nijni Novgorod, et c’est à l’occasion de l’exposition de 1896 que la première ligne de tramway de la ville a été construite. On mesure ce que la ville doit à sa position : deux grands cours d’eau, un nœud de transport, des marchands.
Cette vocation se lit encore dans la silhouette urbaine. Le centre historique, autour du kremlin et de la rue Bolchaïa Pokrovskaïa, concentre l’architecture classique et éclectique ; des sources de voyage signalent aussi, côté moderniste et constructiviste, la Maison des Soviets dans l’enceinte du kremlin. Le quartier d’Avtozavodski, lié à l’usine automobile GAZ, est cité pour son urbanisme industriel : le complexe a été bâti à la fin des années 1920. Parmi les autres sites industriels mentionnés par Wikipédia, on trouve le chantier naval Krasnoïe Sormovo et l’usine aéronautique Sokol. Nijni Novgorod n’est pas une ville-musée : c’est une ville de travail, et il faut la prendre ainsi.
La pointe du confluent, la Strelka, a changé de visage pour la Coupe du monde de 2018 : un nouveau stade y a été construit, et la station de métro Strelka a ouvert le 12 juin 2018. Le métro lui-même est récent, inauguré le 20 novembre 1985, et compte une quinzaine de stations. Les panneaux, eux, sont en cyrillique ; si l’alphabet vous inquiète, notre guide du cyrillique des panneaux et des gares vous donnera de quoi déchiffrer l’essentiel avant de partir.
Gorki, Sakharov : la ville fermée et ses mémoires
On ne peut pas parler de Nijni Novgorod sans parler de Gorki, la ville et l’écrivain. Maxime Gorki, de son vrai nom Alexeï Maximovitch Pechkov, est né ici le 28 mars 1868. Orphelin à dix ans, élevé durement par son grand-père, autodidacte, il choisit en 1892 le pseudonyme de Gorki, qui signifie « amer ». Ses œuvres les plus connues sont Les Bas-fonds (1902) et La Mère (1907). Après des années d’exil, il revient en Union soviétique en 1932, l’année même où sa ville natale est rebaptisée en son honneur.
La ville est restée fermée aux étrangers pendant l’époque soviétique : la date du 4 août 1959 est citée par Wikipédia en français. C’est pour cette raison qu’elle a servi de lieu d’exil à Andreï Sakharov, physicien et défenseur des droits de l’homme, arrêté le 22 janvier 1980 puis assigné à résidence à Gorki jusqu’en décembre 1986, sous surveillance. Il y a vécu dans un appartement de la périphérie ; ce logement est aujourd’hui un musée dans la ville, dédié à cette période. L’ouverture de la ville a accompagné, en 1990, le retour du nom de Nijni Novgorod.
Nous nous bornons ici à ces faits datés : le sujet est vaste, et le voyageur trouvera sur place musées et documents pour aller plus loin.
Traverser la Volga : le téléphérique et ses 13 minutes
Parmi les expériences les plus simples à organiser se trouve le téléphérique qui relie Nijni Novgorod à Bor, sur l’autre rive. Il a ouvert au public le 9 février 2012 ; sa longueur totale est d’environ 3,66 km, dont une portée de 900 mètres au-dessus du fleuve entre deux pylônes de 82 mètres, et un aller simple dure 13 minutes selon Wikipédia anglais. Wikipédia ne mentionne pas de fermeture saisonnière, mais des arrêts ponctuels en cas de vent fort ou d’orage, comme en février 2012 et en juillet 2014.
L’intérêt n’est pas seulement le panorama. En quelques minutes, on prend la mesure de la largeur de la Volga et de la hauteur de l’escarpement sur lequel la ville est bâtie. Nous n’avons pas pu vérifier les tarifs actuels, ni les horaires : à consulter sur place.
Trois couches de temps à lire dans la ville
Plutôt que de cocher des monuments, on peut lire Nijni Novgorod comme une superposition. La première couche est médiévale et défensive : le kremlin des années 1500, au-dessus du confluent. La deuxième est marchande : la foire installée ici en 1817, le tramway de 1896. La troisième est soviétique : l’usine automobile de la fin des années 1920, le nom de Gorki imposé en 1932, le statut de ville fermée, puis le métro de 1985. S’y ajoute une quatrième, toute récente : le téléphérique de 2012, la Strelka de 2018, les célébrations de 2021.

Ces couches ne se succèdent pas proprement, elles se chevauchent dans les mêmes rues. Voilà ce qui donne à la ville son relief : un voyageur qui monte l’escalier Tchkalov traverse, en quelques minutes, une muraille du XVIe siècle, un ouvrage de l’après-guerre et l’un des grands panoramas sur la Volga.
Organiser deux jours à Nijni Novgorod
Voici une trame réaliste pour deux journées, sans prétendre qu’elle soit la seule possible.
- Premier jour, matin : la rue Bolchaïa Pokrovskaïa et le centre historique, puis le tour du kremlin à pied ; déjeuner en ville.
- Premier jour, après-midi : la cathédrale de l’Archange-Michel et le musée des Beaux-Arts, si les horaires le permettent ; en fin de journée, l’escalier Tchkalov et les quais, au coucher du soleil.
- Deuxième jour, matin : le musée consacré à Maxime Gorki ou le musée Sakharov, selon l’intérêt de chacun.
- Deuxième jour, après-midi : le téléphérique vers Bor, puis la Strelka et ses abords.
Si le temps le permet, un troisième jour peut se consacrer aux quartiers industriels de la ville, à une promenade sur l’eau ou à la Strelka à l’heure où les lumières s’allument. Mais deux jours suffisent pour comprendre pourquoi la ville compte.
Y aller, quand venir
Depuis Moscou, la ville se rejoint en train. Le départ se fait à la gare de Koursk, métro Kourskaïa. Des sites de billetterie indiquent environ 3 h 50 à 4 h pour les liaisons rapides ; ces durées sont indicatives et à vérifier sur le site de la compagnie ferroviaire RZD. Wikipédia anglais précise, de son côté, que le Sapsan a desservi la ligne en 3 h 55 environ de 2010 à 2015, puis de 2018 à 2022 : l’offre du jour peut donc différer, et c’est le billet qui fait foi. Pour comprendre les classes de wagon, les trains de nuit et la manière d’acheter son billet, notre guide des trains de nuit russes reste la référence.
Pour la saison, les sources de voyage consultées convergent sur mai-juin et septembre, plus doux, avec moins de monde ; l’été convient aux promenades et aux navigations fluviales, qui se pratiquent surtout de mai à septembre. C’est une inférence de voyage, non une règle : la ville se visite aussi en hiver, avec des journées courtes et un fleuve différent. Les formalités d’entrée en Russie, elles, changent régulièrement : on les consultera directement sur le site de France Diplomatie avant tout départ.
Ce que nous n’avons pas pu vérifier
Pour que le lecteur sache sur quoi s’appuyer, voici ce que cet article ne couvre pas, faute de source solide.
- Les tarifs et horaires d’ouverture des musées, du téléphérique et des monuments.
- Les restaurants, les hébergements et les spécialités culinaires locales : les sources consultées sont trop vagues pour qu’on les cite.
- Les temps de trajet exacts en train aujourd’hui, qui varient selon l’horaire.
Le plus sûr est de réunir ces informations la veille du départ, sur les sites officiels.