Trajet
Urumqi → Kachgar
Meilleure saison
avril-juin + septembre-octobre
Budget
1500-2500 EUR

Le Xinjiang est une region paradoxale : techniquement chinoise depuis le XVIIIe siecle (conquete par la dynastie Qing en 1759), culturellement turcophone et musulmane sunnite (population majoritairement Ouighoure jusqu’aux annees 2000), geographiquement plus proche de Tachkent et Almaty que de Shanghai ou Pekin. Cette province autonome de 1,66 million de kilometres carres (presque trois fois la France) couvre un sixieme du territoire chinois pour seulement 2% de sa population. C’est aussi le coeur historique de la branche nord de la Route de la Soie, par ou transitaient les caravanes entre Boukhara, Samarcande, Kachgar et Xi’an.

Visiter le Xinjiang demande aujourd’hui une preparation particuliere : la situation politique depuis 2017 a entraine des restrictions, des controles renforces, parfois des fermetures temporaires de zones. Mais le voyage reste possible et editorialement passionnant pour qui veut comprendre l’extremite occidentale de la Chine. Cet itineraire de 10 jours propose une boucle Urumqi-Turfan-Kachgar-Lac Karakul-Urumqi, plongee dans une Chine sans equivalent. Pour le contexte regional plus large, voir notre pilier Asie centrale.

Le Xinjiang : geographie et histoire

Le Xinjiang (“nouvelle frontiere” en chinois) couvre l’extremite occidentale du territoire chinois, entoure par la Mongolie au nord-est, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan a l’ouest, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde au sud-ouest. Trois grandes ensembles geographiques structurent la region : au nord, le bassin du Dzoungar (Dzungarie, steppes herbeuses et lacs sales), separe par la chaine du Tien-Shan culminant a 7439 metres au pic Pobedy ; au sud, le bassin du Tarim (Taklamakan, l’un des plus grands deserts de sable du monde, 337 000 kilometres carres), borde au sud par la chaine du Kunlun (7167 metres au pic Kongur). L’altitude moyenne de la region est de 800 metres, avec des oasis dispersees autour des fleuves descendant des montagnes.

L’histoire du Xinjiang est celle d’un croisement permanent entre influences chinoises, perses, turques et mongoles. Empire des Han (Ier siecle avant J.-C., debut du commerce caravanier), royaumes oasiens bouddhistes (IIe-Xe siecle, fresques du site de Kizil), conversion progressive a l’islam (Xe-XIVe siecle, sous l’influence des Karakhanides puis des Mongols islamises), Khanat de Tchaghatai mongol, conquete chinoise par les Qing en 1759. La region devient province en 1884, sous le nom de Xinjiang, puis region autonome ouighoure en 1955. La population s’est progressivement equilibree entre Han (majoritaires aujourd’hui dans le nord et a Urumqi) et Ouighours (majoritaires dans le sud, Kachgar, Khotan, Yarkand).

Urumqi : capitale moderne du Xinjiang

Urumqi (3,5 millions d’habitants) est la capitale du Xinjiang depuis 1884 et la ville la plus eloignee de tout ocean au monde (2500 kilometres). C’est une ville moderne, marquee par l’urbanisation chinoise rapide depuis les annees 2000 : tours de verre, malls commerciaux, metro recent (2018), boulevards larges. La ville sert de hub aerien et ferroviaire pour la region. Artisan ouighour tissant un tapis traditionnel a Kashgar

Trois sites structurent la decouverte d’Urumqi. Le musee regional du Xinjiang concentre les collections archeologiques les plus importantes de la region : momies du Tarim datees jusqu’a 4000 ans (corps remarquablement preserves dans le sable du Taklamakan, traits caucasiens marquants ouvrant un chapitre passionnant sur les premieres migrations indo-europeennes), fresques bouddhiques de Kizil et Bezeklik, costumes traditionnels des differentes ethnies de la region (Ouighours, Kazakhs, Tadjiks, Tatars, Mongols Oirats). Le Bazar international de Erdaoqiao reproduit l’atmosphere d’un grand bazar oriental dans un complexe construit en 2003 : tapis du Pakistan, soie de Hangzhou, instruments musicaux ouighours (rawap, dutar), restaurants de cuisine ouighoure (laghman nouilles tirees, polo riz pilaf, kebabs grillesau cumin). Le mont Tianshan a 100 kilometres au sud propose le lac de Tianchi (lac celeste) entoure par les sapins des hauts plateaux du Tien-Shan : excursion d’une journee en bus depuis le centre.

Turfan : oasis et vestiges Ouighours

A 200 kilometres au sud-est d’Urumqi (3 heures en train rapide), Turfan est l’une des plus anciennes et basses oasis du monde : 154 metres sous le niveau de la mer dans le bassin de Turfan, second plus bas du monde apres la mer Morte. La chaleur estivale y est extreme (record 49,7 degres). Mais c’est une oasis particulierement fertile grace au reseau ancestral des karez, canaux d’irrigation souterrains creuses dans le calcaire pour amener l’eau des montagnes du Tien-Shan sans evaporation. Le systeme, vieux de 2000 ans, totalise 5000 kilometres de galeries.

Quatre sites structurent la decouverte de Turfan. Le musee des karez explique le systeme d’irrigation et permet de descendre dans une galerie. Les ruines de la cite de Jiaohe (UNESCO 2014, IIe siecle avant J.-C.), l’une des plus grandes citadelles antiques en pise au monde, offrent une vue spectaculaire sur l’eperon rocheux qu’elle occupe. Les grottes des Mille Bouddhas de Bezeklik (Ve-XIVe siecle), creusees dans une falaise rouge des monts Flammes, conservaient des fresques bouddhiques exceptionnelles (les meilleures parties ont ete arrachees au debut du XXe siecle par l’explorateur allemand Albert von Le Coq, exposees aujourd’hui au musee ethnographique de Berlin). Le mausolee de Sugong (1778) est l’un des plus beaux monuments architecturaux ouighours en Chine, avec son minaret cylindrique de 44 metres en briques de boue cuite.

Kachgar : la cite caravaniere

Kachgar (700 000 habitants), a 1500 kilometres au sud-ouest d’Urumqi (24 heures de train ou 1 heure d’avion), est le coeur historique du voyage en Xinjiang. Oasis fondee il y a plus de 2000 ans, point de convergence des branches nord et sud de la Route de la Soie, capitale culturelle ouighoure. La vieille ville (Old City) a ete partiellement detruite et reconstruite dans les annees 2010 : les ruelles de boue cuite traditionnelles ont ete remplacees par des batiments standardises, mais l’atmosphere persiste.

La mosquee Id Kah

La mosquee Id Kah (1442, restauree au XIXe siecle), au coeur de la vieille ville sur la place du meme nom, est la plus grande mosquee de Chine (capacite 20 000 fideles). Sa porte d’entree en ogive jaune-or, ses minarets jumeaux et sa cour interieure plantee de peupliers en font le symbole architectural de Kachgar. Visite ouverte aux non-musulmans en dehors des horaires de priere (epaules et genoux couverts pour les femmes, retrait des chaussures avant l’entree dans la salle de priere).

Le bazar du dimanche

Yekshenbe Bazar, le bazar du dimanche, est l’institution emblematique de Kachgar. Jadis attractif jusqu’a 100 000 personnes des oasis voisines (Yarkand, Khotan, frontiere kirghize, parfois meme du Tadjikistan), il etait le plus grand marche d’Asie centrale. Depuis 2017, il a perdu en spontaneite mais reste actif : grand hall couvert pour le commerce general (epices, tissus, dattes du Khotan, fruits secs, bijoux d’argent, tapis), pavillons en plein air pour la nourriture (samsa briques cuites au tandoor, plov riz pilaf, the noir au lait). Le marche aux animaux specifiquement (achat-vente de chevaux, anes, chameaux, moutons), qui faisait la specificite mythique du bazar, a ete deplace en peripherie sud (a 8 kilometres du centre, accessible en taxi). Route du Karakoram traversant les monts Pamir au Xinjiang

Le mausolee Apak Khoja

A 5 kilometres au nord-est de la vieille ville, le mausolee Apak Khoja (XVIIe siecle) abrite les sepultures de 5 generations de la dynastie Khoja qui regnait sur l’oasis. Le monument principal en faiences vertes turquoise est l’un des plus beaux exemples d’architecture islamique en Chine. La sepulture la plus celebre est celle de Iparhan, “la Princesse parfumee” (1734-1788), epouse de l’empereur Qianlong et figure romanesque de la culture ouighoure.

Lac Karakul et autoroute du Karakoram

A 200 kilometres au sud de Kachgar, le lac Karakul (3645 metres d’altitude) est un site spectaculaire au pied du Mustagh Ata (7546 metres) et du Kongur (7649 metres). La route qui y mene, l’autoroute du Karakoram (Karakoram Highway, KKH), construite entre 1959 et 1979 conjointement par la Chine et le Pakistan, relie Kachgar a Islamabad sur 1300 kilometres en passant le col de Khunjerab a 4693 metres. Sur la portion chinoise, on traverse les villages tadjiks de Bulunkul puis on atteint Tashkurgan (3100 metres), derniere ville chinoise avant la frontiere pakistanaise. Permis special PSB obligatoire pour atteindre Tashkurgan, demande a Kachgar (1 a 2 jours de delai).

Conditions d’acces et restrictions

Le Xinjiang reste accessible aux voyageurs etrangers en 2026 mais avec contraintes. Visa touristique chinois L obligatoire (sans changement par rapport au reste de la Chine), demande au consulat chinois de Paris ou Marseille. Permis additionnels PSB pour certaines zones frontalieres (Karakoram, Tashkurgan), demande sur place. Hotels homologues etrangers obligatoires (les small guesthouses ouighoures sont fermees aux etrangers) : compter 30 a 80 euros la nuit. Controles d’identite frequents aux entrees de villes, gares, aeroports, hotels (passport scan systematique). Acces limite a certaines mosquees ou sites religieux pendant le ramadan ou en periode de tension. Telephones et VPN : whatsapp, google, facebook bloques (utiliser un VPN solide installe avant le depart, ExpressVPN ou NordVPN fonctionnent generalement).

Recommandation : voyager avec un guide local francophone ou anglophone pour faciliter les controles, comprendre les codes culturels, eviter les malentendus. Tarifs guide local 80-120 dollars la journee, 4x4 prive avec chauffeur 100-150 dollars la journee.


Le Xinjiang est l’une des destinations les plus exotiques accessibles au voyageur europeen en 2026. La culture ouighoure y resiste malgre les transformations, les paysages des oasis et des montagnes restent inegales, le patrimoine bouddhique-pre-islamique offre des couches d’histoire fascinantes. Pour situer le Xinjiang dans la geographie de la Route de la Soie complete, notre pilier Asie centrale deploie le panorama regional. Pour la connexion ferroviaire avec la Mongolie et la Chine orientale, Moscou-Pekin en Transmongolien ouvre la voie d’acces depuis le nord.